Fernando « Terere » Augusto : Le champion rattrapé par ses démons

André Galvao, Luca Lépri, Michael Langhi, Rubens « Cobrinha » Charles, etc. La liste est longue des grands champions de Jiu-Jitsu Brésilien qui, pour passer un cap, sont allés voir Fernando « Terere » Augusto. On ne les compte plus. CarTerere comprend le Jiu-Jitsu mieux que personne. En un coup d’oeil, il décèle les petits détails que les autres ne voient pas.

Le charismatique enfant des favélas de Rio aurait mérité, au regard de son talent, une place dans la lumière aux côtés des stars brésiliennes qui vivent confortablement de leur passion à Los Angeles, San Diego ou New-York. Mais Terere est fait d’un autre bois. Façonné par le côté sombre du Brésil, il n’a jamais su s’en libérer.

Avant la politique de « pacification » des favelas de Rio en 2006, la favela de Morro do Cantagalo était marquée par l’extrême pauvreté, le trafic de drogue et la violence qui en découle. Situé sur les hauteurs, dans le Sud de Rio, ses habitants avaient une vue imprenable sur le quartier aisé et chic d’Ipanema. Le sentiment d’injustice et le ressentiment n’en était que plus vifs. C’est donc dans ce quartier pauvre qu’est né (en 1979) et a grandi Fernando Augusto.

Très jeune, Fernando est happé par son environnement. En échange d’argent, il se met au service des trafiquants de drogue du quartier. Lorsqu’il ne joue pas au chat et à la souris avec la police, il s’entraîne de temps à autre à la capoeira et au Jiu-Jitsu mais sans grande conviction.

Un jour, alors qu’il gare des voitures dans le parking d’un Mc Donald’s dans le quartier huppé d’Ipanema pour gagner un peu d’argent, il attire l’attention d’un professeur de Jiu-Jitsu Brésilien : Otavio Couto. Ce dernier l’invite à venir s’essayer au Jiu-Jitsu Brésilien dans son club. Le gamin plein d’énergie accepte immédiatement. Après quelques cours, Otavio Couto, Alexandre Paiva ( Co-fondateur de l’équipe Alliance) et Roberto Traven sont ébahis par l’enthousiasme et l’envie d’apprendre de Fernando. Ils décident alors de le prendre sous leurs ailes. Un an plus tard, il gagne le championnat du Brésil. Ce n’est que le début…

En 1997, il remporte le Championnat du monde en tant que ceinture bleue. L’année suivante, en violette, il rafle la médaille d’or aux mondiaux en absolute. Un an plus tard, en ceinture marron, un nouveau titre mondial vient garnir son palmarès. Pour l’anecdote, cette année-là, il bat en demie-finale, BJ Penn, le futur champion de l’UFC.

En 2000, il se présente à nouveau aux championnats du monde avec cette fois-ci une ceinture noire autour de la taille. Ce sont ses premiers championnats du monde en tant que black belt, mais le jeune « Terere » fait déjà office d’épouvantail. Il vient de passer l’année écoulée auprès de Fabio Gurgel à São Paulo. Le résultat était presqu’attendu. Il remporte le titre suprême (il réitérera la performance en 2003).

Ainsi entre 1997 et 2000, Fernando « Terere » Augusto a été champion du monde sous toutes les ceintures. En restant une année à chaque grade. Des résultats monstrueux et une ascension fulgurante qu’il doit en grande partie à son style. En effet, à la fin des années 1990 et au début des année 2000, la garde était encore considérée comme la position la plus avantageuse. Terere arrive alors avec une autre approche, fondée sur un rythme très dynamique (certains diront agressif) et des passages de garde créatifs.

Lorsque des journalistes lui ont demandé pourquoi il avait adopté un style plus axé sur le jeu, Terere a répondu : « parce que je suis un peu claustrophobe. Chaque fois que je suis dans une mauvaise position, je me sens confiné, en détresse. J’essaie alors d’en sortir aussi vite que possible« .

Après son titre de 2003 et les divisions au sein de l’équipe Alliance, Fernando Terere est malheureusement rattrapé par ses démons. En 2004, le champion consomme toujours de la drogue. Sa dépendance est telle, qu’elle le plonge dans une dépression grave. L’homme abandonne presque le Jiu-Jitsu Brésilien et mène une vie de toxicomane.

En 2006, sur les conseils de ses proches, il tente de se reprendre en main en déménageant dans la ville de Natal. Loin de son environnement, ses amis pensent qu’il peut remonter la pente. Après une période loin de la drogue, il commence à s’entraîner à nouveau. Mais de retour à Rio, il rechute dans sa dépendance au crack. En 2010, il se rend au Royaume-Uni pour enseigner. Là bas, il épouse une anglaise. Mais ses troubles sont tels que des psychiatres diagnostiquent une schizophrénie . Depuis, la vie de l’enfant maudit de Morro de Cantagalo oscille entre cliniques pour soigner maladie et dépendance, Jiu-Jitsu Brésilien et usage de stupéfiants.

Fernando Terere restera sans doute l’un des jiujiteiros les plus charismatiques et créatifs de l’histoire. Il a su apporter au début des années 2000 une nouvelle approche du Jiu-Jitsu Brésilien. Malheureusement pour lui et pour tous ceux qui aiment son style, il laissera aussi l’image d’une étoile du JJB qui s’est ternie beaucoup trop vite alors qu’elle aurait pu briller de mille feux. A l’instar de nombreux musiciens et sportifs, que l’on pense à Jimi Hendrix ou à Maradona, il semble donc qu’en JJB aussi, les artistes paient parfois aussi leur créativité et leur génie au prix fort.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s