Interview : Tim Spriggs se confie à Slam-Art

Quand on s’intéresse sérieusement au Jiu-Jitsu Brésilien et au Grappling, difficile de passer à côté de Tim Spriggs. A la fois athlète hors norme, champion et militant, on devinait que l’homme avait des choses à dire sur les événements qui secouent en profondeur la société américaine. On n’a pas été déçu.

Loin d’un milieu qui préfère la politesse feutrée et le branding au discours politique, qui choisit parfois Hollywood plutôt que la rue, le natif du Maryland est définitivement un homme de parler-vrai. Tim Spriggs parle cash et se confie en exclu pour Slam-Art.

Slam-Art : Salut Tim, peux-tu te présenter aux jiujiteiros français qui ne te connaîtraient et aux lecteurs de Slam-Art ?

Tim Spriggs : Je m’appelle Timothy-Michael Spriggs et je suis ceinture noire et membre de la Lloyd Irvin Team. En plus d’autres titres et trophées, je suis champion du monde No-Gi en ceinture noire.

Slam-Art : Quel est ton point de vue sur les événements tragiques de ces dernières semaines ?

Tim Spriggs : D’abord je veux dire « Repose en Paix » à Georges Floyd et à tous nos autres frères et sœurs victimes de la brutalité de la police. Ce qui est arrivé à Georges Floyd, c’est un meurtre pur et simple et l’on ne peut que mépriser le manque de réactivité de la police locale. La colère qui s’en est suivie, c’est ce qui se produit quand les opprimés en ont marre et décident de se soulever pour défendre leurs droits. Depuis des siècles, les noirs sont les victimes d’un génocide et de la privation de leurs droits. Ce qui s’est passé la semaine dernière est une autre bataille dans notre combat pour l’égalité.

Slam-Art : Quel regard portes-tu sur la société américaine dans son ensemble ?

Tim Spriggs : Notre société est complètement dénuée d’empathie. Un slogan comme Black Lives Matter (Les vies des noirs comptent) est vu comme une déclaration polémique se prêtant à la controverse. Nous sommes en plein dans une pandémie alors que tous les citoyens n’ont pas accès à l’assurance maladie. Des millions de ces gens sont au chômage mais le gouvernement n’a envoyé qu’une allocation unique de 1200 $ qu’à quelques-uns d’entre eux. Ceux que ces injustices n’émeuvent pas ne sont pas seulement indifférents, ils en sont également complices car ils contribuent à les prolonger afin de continuer à en tirer profit.

Slam-Art : Comment fais-tu face à cela ?

Tim Spriggs : J’utilise ma présence pour donner mon point de vue sur ce qui est juste et c’est difficile. Pas mal de gens influents dans la communauté du JJB ont protesté au nom de leur liberté quand il s’agissait de fermer les salles et de porter des masques. Mais ils sont restés silencieux au sujet de la mort de Georges Floyd ou des violences commises sur des manifestants pacifiques dans la capitale comme lorsque le Président a fait utiliser du gaz lacrymogène pour pouvoir prendre la pause devant une église avec la bible en main. Et quand les gens de la communauté du JJB s’expriment, c’est pour proclamer qu’ils veulent tirer sur les pillards. Ils choisissent délibérément de ne pas voir l’essentiel et montrent ainsi à quel point ils s’en foutent.

Slam-Art : Comment expliques-tu ce racisme qui semble systémique dans la société américaine ?

Tim Spriggs : C’est le fruit de notre histoire. Les Etats-Unis se sont construits sur le génocide des Indiens d’Amérique et la réduction en esclavage des Africains. Pendant des siècles si tu n’étais pas blanc, tu étais considéré comme un sous-homme.

Slam-Art : Beaucoup pensaient qu’avec l’élection d’Obama il y aurait des changements ? Qu’en penses-tu ?

Tim Spriggs : La seule chose qui ait vraiment changé c’est que maintenant les gens sont davantage conscients des injustices systémiques. Mais maintenant, il est temps d’agir.

Slam-Art : As-tu déjà été confronté au racisme en tant que citoyen et en tant qu’athlète ?

Tim Spriggs : Bien sûr ! Toute ma vie ! Depuis les parents qui disaient à leurs gosses de ne pas jouer avec moi jusqu’au profilage racial, en passant par les gens qui m’insultaient avec le mot en N … j’ai tout vu.

Slam-Art : Selon toi, comment les choses vont-elles finir ?

Tim Spriggs : Je ne sais pas. Cela m’étonnerait d’en voir la fin de mon vivant à moins que les lois et ceux qui les appliquent changent.

Slam-Art : Comment les Etats-Unis auraient pu gérer cette crise ?

Tim Spriggs : Parfois c’est simple, il suffit seulement d’écouter le peuple.

Slam-Art : Pour finir, y-a-t-il des gens que tu voudrais remercier ?

Tim Spriggs : Je veux remercier tous ceux, quelque soit leur couleur, qui s’engagent dans le combat pour ce qui est juste.

Slam-Art : Merci Tim.

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