Thomas Loubersanes : L’homme derrière le numéro 1 mondial

Respecté par les plus grands dans sa discipline – André Galvao s’est même prosterné devant lui pour lui témoigner son respect – Il est devenu le numéro 1 mondial Black Belt No-Gi IBJJF, accomplissant ce qu’aucun européen n’avait jamais réalisé. Thomas Loubersanes a ainsi montré que les jiujiteiros français peuvent tenir la dragée haute aux Brésiliens et aux Américains. Pourtant, ce champion n’a reçu aucune reconnaissance officielle ou institutionnelle. Slam-Art veut réparer cette injustice et est donc parti à la rencontre de celui qui a prouvé que le travail et l’abnégation étaient les seules ressources nécessaires pour se hisser au sommet du monde.

Ce qui frappe en premier lorsque l’on échange avec Thomas, c’est sa sérénité, sa tempérance et  surtout l’immense dignité avec laquelle il parle de sa vie et des épreuves qu’il a traversées étant enfant.

Car Thomas est un combattant, bien au-delà du Jiu-Jitsu Brésilien. Son histoire personnelle est faite de souffrance, de courage et de sacrifice. Rien n’a jamais été simple pour lui et tout aurait pu se terminer avant même d’avoir commencé.

« Je n’étais pas un enfant désiré à la naissance et durant mon enfance je n’étais pas en sécurité chez moi ». Comme malheureusement beaucoup trop d’enfants, le jeune Thomas souffre de maltraitances. Son premier refuge est le basketball. « J’étais plus en  sécurité sur les terrains de basket que chez moi, mais quand je rentrais chez moi rien n’avait changé. Je devais me cacher ». Adolescent, le jeune provincial écoute du rap français. La mise en voix d’une colère sociale fait écho à ses propres blessures. Entendre d’autres jeunes mettre des mots sur l’injustice et l’humiliation de toute une génération lui donne de la force. Il n’est pas seul.

Bientôt, le ballon orange laisse place aux gants de boxe puis rapidement au tatami. Il s’y sent bien. Le combat au corps à corps lui permet de trouver une échappatoire, de libérer sa colère et surtout de se sociabiliser. Le sport joue ainsi pleinement son rôle d’éducation populaire: le club devient son école de la vie, ses partenaires d’entrainement deviennent ses premiers véritables amis, une vraie famille de substitution, de celle qui vous porte, vous soutient et vous rend meilleur, suppléant ainsi à la cellule familiale quand elle est défaillante.

Il décide rapidement de se dédier au JJB et de se réaliser à travers lui. Car il sent bien qu’au-delà des victoires et des défaites, le voyage dans le Jiu-Jitsu Brésilien est un voyage initiatique au bout duquel il ne peut sortir que gagnant. Il économise son RSA pour financer des stages. Les belles baskets, les vêtements à la mode et les sorties sympas, il en fait le deuil.

Premier stage au Brésil avec Roberto Leitao : le travail, la rigueur et l’humilité sont au programme de cette première étape de la quête de Thomas. Aux Etats-Unis, à la Réunion, en Thaïlande, il sacrifie beaucoup pour s’entraîner avec les meilleurs. Pas de tourisme dans ces destinations de rêve, de la fatigue, de la sueur et l’obsession de devenir meilleur : meilleur grappler à travers les entraînements et meilleur homme à travers les belles rencontres que la vie et la route réservent parfois. Cet itinéraire sportif en forme de destin, Thomas entend bien le mettre au service des autres car, une fois que sa carrière sera derrière lui, il souhaite aider, à son échelle, les enfants qui souffrent de maltraitance à surmonter leurs démons et à se réaliser. La boucle sera bouclée: l’enfant maltraité, devenu un adulte solide et bienveillant se tournera vers la transmission des valeurs qu’il a acquises.

Face à la leçon de dignité donnée par Thomas, les résulats sportifs pourraient passer au second plan. Pourtant, preuve que le travail paie, ils sont au rendez-vous: il remporte le championnat panamerican en adulte en NoGi – il est seul européen à l’avoir fait ces dix dernières années. Il remporte également deux fois le championnat d’Europe. Et surtout, en 2018, il se lance un défi que beaucoup jugent irréaliste. Entrer dans le top 10 mondial au classement IBJJF. Il fera mieux … il devient numéro 1.

Thomas n’est pas du genre à penser qu’on ne réussit que pour soi. Il sait ce que le succès individuel doit aux autres, en l’occurrence à ceux qui l’ont porté et soutenu, ayant su reconnaître ce talent d’exception. « Pendant les 7 mois où j’ai réalisé le parcours, j’ai senti un soutien de la part des pratiquants français et de certains clubs. Ce soutien est allé crescendo. » Dit-il avec beaucoup de reconnaissance pour les jiujiteiros qui lui ont témoigné ce soutien. « Au début, c’était surtout des personnes qui m’avaient rencontré lors des stages que j’avais donné en province. Puis quand j’ai intégré le top 10, des inconnus ont commencé à me soutenir. Des clubs que je ne connaissais pas m’ont envoyé des messages en privé. Je les en remercie ». Soutenu par les clubs et les pratiquants, au sommet du monde, Thomas ne connaît pas moins une certaine solitude.

Lorsqu’il est devenu numéro 1, on aurait ainsi pu s’attendre à ce que les leaders du Jiu-Jitsu Français crient « cocorico ». Mais, étonnement, rien : « Je m’attendais à ce que les leaders du JJB en France fassent tourner l’information. Mais non. Je n’ai pas senti cette fierté nationale. Ça m’a surpris dans un premier temps » nous dit Thomas. Lorsqu’on lui demande comment il explique cela, il répond avec philosophie : « Je n’ai pas la réponse. Je ne pense pas que ce soit par méchanceté. Peut-être que je suis trop à contre-courant. » Et lorsque Slam-Art lui demande si un  américain, originaire d’un petit patelin et également à contre courant, aurait reçu aussi peu de soutien des leaders du JJB US, Il répond du tac au tac avec lucidité : « ce n’est pas la même culture. Là bas, on mesure mieux les sacrifices par lesquels il faut passer pour réaliser son rêve. Quelque soit ce rêve. Peu importe d’où tu viens, on sait reconnaître et respecter l’effort ».

Avec ces exploits, on aurait envie de s’arrêter là, d’exprimer notre gratitude et de dire « Bravo Champion! ». Mais c’est mal connaître notre numéro 1 français. Aujourd’hui Thomas Loubersanes s’est lancé un dernier défi. A 40 ans, il veut remporter l’ADCC 2021. Première étape : le 3 octobre pour les qualifications de la zone Europe en Moldavie. Slam-Art lui souhaite bonne chance et nous relaierons avec plaisir et fierté les nouvelles étapes de cette exceptionnelle carrière sportive et de cet exemplaire parcours de vie.

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