Brésil : La famille Gracie se déchire violemment sur la présidence Bolsonaro

Aujourd’hui, le journal français Le Monde revient sur la crise qui frappe le Brésil. L’article nous apprend que la famille Gracie est plongée dans de profondes divisions, sur fond de sanglants règlements de comptes familiaux. Objet de la querelle ? Le président Jair Bolsonaro.

Le JJB est une des nombreuses victimes collatérales du coronavirus. En effet, la confédération brésilienne de jiu-jitsu (CBJJ) s’est résolue à annoncer le 18 mai la suspension de l’ensemble de ses événements sportifs jusqu’à que « les conditions adéquates pour le retour des compétitions soient réunies », c’est-à-dire jusqu’à nouvel ordre. Une annonce qui a fait l’effet d’un tremblement de terre chez les passionnés de JJB, nombreux dans ce pays. Mais qui surtout réveillé les vieilles rivalités et rancœurs…


Selon une enquête du ministère de la santé, publiée en 2013, autour de 2,5 millions de Brésiliens s’adonneraient au ju-jitsu, soit 1,3 % de la population, davantage que l’iconique capoeira (1 %). Organisés en clan, les Gracie font l’objet d’un véritable culte, sujets de biographies et même de statues. Plus de 150 descendants de Carlos travaillent aujourd’hui comme lutteurs, entraîneurs ou directeurs de dojo. José Padilha, réalisateur de la série Narcos et de Troupe d’élite, compte consacrer un film à l’histoire de la dynastie.

Le 25 octobre 2018, trois jours avant le second tour de l’élection présidentielle, Robson Gracie, 83 ans, fils de Carlos Gracie, doyen de la famille et président de la puissante fédération de Rio, remet symboliquement une ceinture noire au candidat d’extrême droite. Sous l’œil des caméras, le doyen de la famille, vêtu d’un traditionnel kimono, qualifie l’ancien capitaine de « héros ». Ce dernier le lui rend bien, promettant, au pouvoir, de donner « un ippon à la corruption, la violence et l’idéologie ».


A l’image du Brésil, la famille Gracie se divise et décide de laver son linge sale en public. L’échange est violent. Reyson Gracie, frère de Robson et vice-président de la fédération de Rio, manifeste son « indignation », qualifie l’acte d’« irrespect à la mémoire des maîtres Carlos et Hélio Gracie » et réclame la mise à la retraite de son aîné. « Il est inadmissible qu’une fédération de sport (…) rende hommage à un politique qui fait l’apologie de la torture », lance de son côté Reila Gracie, la sœur, rappelant que « personne n’a le droit de parler au nom de la famille ».

Mais la majorité du clan est favorable à Jair Bolsonaro, qualifié d’« idole nationale » par d’autres membres de la fratrie. Contre les « moutons rouges » de la famille, soutiens de la gauche, la punition est sévère : Reyson est démis de son poste de vice-président de la fédération. Plusieurs subissent menaces et insultes en ligne, parfois venues de leurs propres oncles ou cousins. « Ils sont allés jusqu’à me dire que je devrais changer de nom de famille », confie à la presse Karina, petite-fille d’Hélio Gracie et opposante à l’extrême droite.


La polémique a sérieusement troublé l’image du ju-jitsu. D’autant que ces dernières années, l’étoile des Gracie avait pâli. Le patriarche, Carlos, prônait un mode de vie ascétique, traditionnel, sans alcool ni violence. Mais ses jeunes héritiers, souvent richissimes, n’ont pas été fidèles à ses principes, multipliant conquêtes féminines, bagarres de rue, nuits au poste, usage de drogues et overdoses.


Peu importe. Au pouvoir, Jair Bolsonaro aime à se montrer entouré des membres de la dynastie. Au poste d’« ambassadeur du tourisme brésilien », il a nommé Renzo Gracie, 53 ans, fils du doyen Robson. Ce dernier s’est distingué par ses excès, notamment lors de la crise amazonienne d’août 2019. « Espèce de clown. Viens ici et on te tordra le cou, ton cou de poulette. Tu ne me fais pas peur ! », avait-il alors lancé, visiblement éméché, dans une vidéo à l’adresse du président français Emmanuel Macron.

Au grand dam de nombreux sportifs, le ju-jitsu est devenu un symbole d’extrême droite. « Beaucoup de bolsonaristes pratiquent ce sport. Pour eux, il est devenu synonyme des valeurs nationalistes, viriles, machistes et homophobes, dont ils se revendiquent », regrette Breno Macedo, professeur d’art martial et fondateur du groupe « antifasciste » Boxe autonome, à Sao Paulo. Le soutien de la famille Gracie au président ne l’a pas étonné. « Ce sont des chefs d’entreprise, aisés et blancs, qui s’identifient totalement à son discours », déplore-t-il.

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